Au Sénégal, le mouvement anti -gay a pris de l’ampleur au fil des années. L’homosexualité n’a jamais été largement acceptée dans le pays, mais désormais, les personnes LGBTQI craignent d’être physiquement agressées dans les rues, et que leur orientation sexuelle soit diffusée sur les réseaux sociaux.

 

 

« Au Sénégal, vivre avec l’homosexualité, c’est être en danger du matin au soir, tout peut basculer d’un moment à l’autre. On vit avec cette peur, on vit avec cette stigmatisation. J’ai beaucoup d’amis qui se sont suicidés au Sénégal », raconte Daouda, sous couvert d’anonymat. Daouda a fui pour un pays voisin en 2016. Son père n’accepte pas son orientation sexuelle. Lorsqu’il l’a appris, il l’a menacé en pointant une arme sur lui. « Il voulait me tuer en fait, il voulait me tuer parce qu’il a sorti son arme et s’il n’y avait pas des gens à la maison je serais mort actuellement, parce que j’ai couru pour sortir de la maison. Je n’ai rien emmené, ni papier. J’avais plus rien sur moi », continue le jeune homme.

Pour le porte-parole de l’association Jamra, Mame Mactar Gueye, rendre les lois plus sévères auraient un effet « dissuasif », et pourraient servir à protéger les personnes LGBTQI de la violence collective. « Depuis des siècles, depuis que le Sénégal est Sénégal, le phénomène LGBT a toujours été partie intégrante de notre société », explique Mame Mactar Gueye, porte-parole de l’organisation islamique Jamra. « Mais ce qu’il s’est passé, c’est qu’il y a quelque temps, il y a une dizaine d’années, ils sont venus envahir l’espace public en posant des actes qui frisent la provocation et quelques fois, même le blasphème et le sacrilège. »

Pour de nombreux Sénégalais, l’homosexualité est un mode de vie occidental, qui tente d’être imposé à leur société. Le 20 mai à Dakar, des manifestants ont demandé à ce que les relations homosexuelles soient qualifiées de crime grave. « Ça heurte nos croyances, ce n’est pas parce que les occidentaux l’ont validé que nous devons le valider », ajoute Demba Diop, un manifestant. « La religion musulmane, la religion chrétienne n’acceptent pas l’homosexualité, pourquoi on veut nous imposer ça ? »

Selon les militants LGBTQI, les politiciens profitent du mouvement anti-gay pour rallier des soutiens en vue des élections législatives et présidentielle.