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C’est l’une des régions les plus instables du continent, et également l’un de ses espaces géostratégiques les plus cruciaux. Le golfe d’Aden, artère vitale, pour le transport d’hydrocarbures notamment, est au cœur d’une sourde bataille d’influences. Qui contrôle ses ports et les eaux sur lesquelles transitent les tankers qui alimentent le commerce international ? Décryptage en infographies.



Des navires de guerre russes, chinois et iraniens naviguant de concert au large de la Corne de l’Afrique, à quelques encablures du très stratégique détroit de Bab el-Mandeb, concerné par près de 40 % du trafic maritime mondial. Ce scénario, qui ressemble à s’y méprendre au pitch d’un film patriotique américain jouant sur les peurs de Washington, s’est bel et bien déroulé, en janvier dernier. Un peu moins d’un mois avant que Vladimir Poutine ne déclenche la guerre en Ukraine, les marines des trois pays honnis par les États-Unis ont mené des manœuvres conjointes dans le Pacifique. Scénario envisagé : la libération de deux navires capturés par des pirates, que l’on imagine partis des côtes du Somaliland ou du littoral au large de Mogadiscio.

Moscou, Pékin et Téhéran sont loin d’être les seuls à montrer les muscles dans cette région hautement stratégique. En mai, Paris et Tokyo ont mené des manœuvres parfaitement similaires dans le golfe d’Aden, mais d’une ampleur sensiblement moindre : les marines japonaise et française n’ont engagé qu’une seule frégate chacune. En avril, les États-Unis avaient annoncé le déploiement d’une nouvelle force maritime dans les mêmes eaux, afin de lutter contre la piraterie et les trafics illicites. Placée sous le commandement des Combined Maritime Forces, qui regroupent 34 pays – dont aucun n’est africain –, cette force internationale vient s’adjoindre à l’opération Atalante, lancée en 2008 par l’Union européenne (UE) et dont le mandat a été prolongé en 2020. Objectif affiché : « Garantir la liberté de navigation et assurer la protection des navires du Programme alimentaire mondial et d’autres navires vulnérables naviguant vers la Somalie », précise le Conseil de l’UE.

Guerre par procuration et contrôle des ports

Outre la piraterie, conséquence – entre autres – de l’instabilité chronique régnant dans la majeure partie des États de la Corne de l’Afrique, la guerre au Yémen ajoute encore à la complexe équation des rapports de force qui se jouent dans cette région stratégique pour les flux du commerce mondialisé. En 2015, sur fond de conflit larvé entre l’Arabie saoudite et l’Iran, Mohamed Ben Salman a pris la tête d’une « coalition arabe » pour intervenir militairement, de manière brutale et sanglante, afin de se porter à la rescousse du gouvernement officiel, et de repousser les Houthistes, soutenus par Téhéran qui, voulant démontrer son pouvoir de nuisance, livre des armes aux rebelles. Dans cette guerre, où les puissances régionales et internationales s’affrontent par procuration, il faut aussi compter avec le jeu trouble des Émirats arabes unis. Allié affiché des Saoudiens, Mohammed Ben Zayed Al Nahyane (MBZ) n’en mène pas moins une stratégie autonome, soutenant les rebelles sudistes au Yémen – qui contrôlent le port d’Aden – et plaçant ses pions dans les ports.

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