
Alors que les débats sur la dette extérieure, le rôle du FMI et l’avenir du franc CFA continuent d’alimenter les controverses en Afrique de l’Ouest, Dr Djiby Ndao plaide pour une approche fondée sur les faits économiques plutôt que sur les considérations idéologiques. Dans cette contribution, le Secrétaire général national de CAP/Diomaye Président défend la nécessité d’un retour à une coopération financière renforcée avec les institutions internationales et invite à une lecture objective des performances économiques des pays de l’UEMOA, souvent au cœur des critiques visant le franc CFA.
Texte in extenso
Les institutions financières internationales ne se limitent pas au financement des États. Elles constituent également un gage de crédibilité et de confiance pour les partenaires techniques et financiers, les investisseurs et les marchés. Leur présence contribue à sécuriser l’environnement économique et à renforcer les perspectives de croissance.
Dans un contexte où notre pays importe encore une part importante de ce qu’il consomme, la quête de souveraineté économique doit s’appuyer sur une stratégie réaliste fondée sur la production, l’investissement et la création de richesses. La souveraineté ne se décrète pas ; elle se construit par le travail, l’industrialisation et le renforcement de la compétitivité nationale.
S’appuyer exclusivement sur la fiscalité et les emprunts obligataires pour financer le développement risque de limiter les marges de manœuvre de l’État et de peser davantage sur les ménages et les entreprises. L’enjeu n’est pas de rejeter les institutions internationales, mais de mobiliser intelligemment leurs financements pour soutenir les investissements structurants : infrastructures, énergie, agriculture, industrie, numérique, santé et éducation.
Il est temps pour les autorités de consolider leurs relations avec les partenaires internationaux afin de favoriser la mise en œuvre de projets à forte valeur ajoutée et à fort impact économique et social. Le retour à une coopération financière normale avec les institutions internationales renforcerait la confiance des investisseurs, stimulerait les investissements privés et publics et contribuerait à la création d’emplois durables.
Le Sénégal a besoin d’une dynamique économique fondée sur la croissance, l’investissement productif et l’amélioration des conditions de vie des populations.
S’agissant du FCFA, On entend souvent que le franc CFA et le taux de change fixe seraient responsables des déficits de la balance commerciale en Afrique de l’Ouest. Pourtant, les chiffres montrent une réalité plus complexe.
Entre 2013 et 2023, les 8 pays de l’UEMOA — le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Bénin, le Togo et la Guinée-Bissau — ont enregistré un déficit moyen de la balance commerciale d’environ 10,9 % du PIB. Dans le même temps, les pays de la ZMOA comme le Nigeria, le Ghana, la Guinée, la Gambie, le Liberia et la Sierra Leone, qui disposent de monnaies plus flexibles, affichaient un déficit moyen plus élevé, autour de 15,7 % du PIB.
La comparaison entre la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Ghana est également instructive. En 2023, la Côte d’Ivoire, malgré le CFA et le taux de change fixe, présentait une balance commerciale pratiquement équilibrée. Le Nigeria limitait son déficit à environ –2 % du PIB grâce au pétrole, alors que le Ghana enregistrait un déficit commercial plus important malgré une monnaie flexible.
En Afrique, le vrai problème vient surtout de la faiblesse de la production locale et de la forte dépendance aux importations. Beaucoup de pays exportent peu de produits transformés et importent une grande partie de ce qu’ils consomment.
En se référant au PIB par habitant en 2025 : les pays à change fixe en tête en Afrique de l’Ouest
Selon les estimations 2025 du Fonds monétaire international (FMI), les pays d’Afrique de l’Ouest ayant adopté un régime de change fixe occupent, pour la plupart, les premières places du classement régional du PIB nominal par habitant.
Top 10 des pays d’Afrique de l’Ouest en 2025
PIB par habitant (USD)
1 Cabo Verde 5 273
2 Côte d’Ivoire 2 710
3 Ghana 2 590
4 Sénégal 1 970
5 Bénin 1 730
6 Nigeria 1 500
7 Togo 1 190
8 Guinée. 1 160
9 Burkina Faso 1 080
10 Guinée-Bissau 963
Ce classement révèle un fait souvent peu souligné : parmi les dix premiers pays d’Afrique de l’Ouest, la grande majorité appartient à des unions monétaires caractérisées par une forte stabilité du taux de change, notamment l’UEMOA et le Cap-Vert.
Autrement dit, les pays ayant choisi la stabilité monétaire figurent parmi les économies les plus prospères de la sous-région en termes de revenu par habitant.
Le franc CFA fait l’objet de nombreuses critiques. Pourtant, les données du FMI montrent que plusieurs pays de l’UEMOA se classent devant des économies disposant de monnaies nationales flexibles.
Cela ne signifie pas que le régime de change explique à lui seul la performance économique. La gouvernance, l’investissement, la qualité des institutions et la diversification productive restent déterminants. Mais les faits contredisent l’idée selon laquelle le franc CFA constituerait automatiquement un obstacle au développement.
Un appel à l’objectivité
Les critiques du franc CFA gagneraient à analyser les performances économiques avec davantage de rigueur, plutôt que de s’enfermer dans des discours politico-idéologiques.
En économie, les conclusions doivent s’appuyer sur les données et les résultats observés, non sur des slogans.
Le classement 2025 du FMI montre que les pays ouest-africains ayant privilégié la stabilité monétaire occupent les premières places du classement régional du PIB par habitant.
Beaucoup de personnes ne comprennent pas encore que la monnaie n’est pas une valeur en soi, mais un instrument d’échange, une unité de compte et une réserve de valeur fondée sur la confiance.
Mes étudiants sourient souvent lorsque je leur explique que la monnaie qu’ils détiennent ne leur appartient pas réellement. En réalité, ce qui leur appartient, c’est le pouvoir d’achat que cette monnaie représente à un instant donné. La monnaie n’est qu’une créance sur l’économie, dont la valeur dépend de la confiance collective, de la production et de la stabilité des institutions qui l’émettent.
C’est d’ailleurs cette confusion entre monnaie et richesse qui alimente de nombreux débats sur la souveraineté monétaire. Créer sa propre monnaie ne crée pas automatiquement de la richesse ; la véritable richesse provient de la production, du travail, de l’innovation et de la compétitivité de l’économie.
Le débat sur le franc CFA mérite donc d’être mené avec objectivité, à partir des faits et des performances concrètes des économies de la région.
Dr Djiby NDAO
SG national CAP/Diomaye Président
Membre de la conférence des leaders de la coalition DIOMAYE Président.


























