Les universités sénégalaises vivent une crise profonde et violente, dont l’épicentre se situe à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Dans un communiqué rendu public le 10 février 2026, le Collectif des amicales de l’UCAD dénonce une intervention des forces de l’ordre sur le campus social ayant, selon lui, conduit à la mort d’un étudiant, Abdoulaye Ba.

Le Collectif affirme que le lundi 9 février, jour pourtant décrété « journée noire » sans manifestation, les forces de l’ordre ont pénétré le campus aux environs de 10 heures. Des tirs auraient été effectués sur des étudiants non armés, avant que, dans la soirée, des policiers ne défoncent les portes des pavillons, procèdent à des passages à tabac, des saccages et des vols de biens appartenant aux étudiants. Abdoulaye Ba, qui se trouvait dans sa chambre et n’aurait pris part à aucun affrontement, aurait été mortellement battu, selon le communiqué.

Face à ces faits, le Collectif des amicales de l’UCAD désigne explicitement les plus hautes autorités de l’État comme responsables politiques. Sont cités le Président de la République, le ministre de l’Intérieur, le ministre de l’Enseignement supérieur, mais également le Premier ministre, Ousmane Sonko, désormais directement mis en cause par les étudiants.

Dans son communiqué, le Collectif annonce son intention de porter plainte contre Ousmane Sonko pour diffamation, estimant que des déclarations publiques du Premier ministre auraient porté atteinte à la dignité et à l’indépendance du mouvement estudiantin. Les étudiants rejettent toute tentative de récupération politique et affirment ne répondre à aucune obédience partisane, soulignant que leur combat est exclusivement centré sur la défense des droits et de la vie des étudiants.

Cette mise en cause du chef du gouvernement intervient dans un contexte particulièrement sensible. Alors que l’UCAD est plongée dans le deuil, que la communauté estudiantine réclame vérité, justice et sanctions, le Premier ministre Ousmane Sonko est en tournée politique à travers le pays. Une tournée qui s’inscrit dans la continuité de celles qu’il mène depuis son accession à la primature, marquées par des discours politiques et une forte exposition médiatique.

Pour de nombreux observateurs et acteurs universitaires, cette posture contraste fortement avec l’attente d’une parole d’État. Dans une situation aussi grave, impliquant des accusations de violences policières ayant entraîné la mort d’un étudiant, les étudiants et une partie de l’opinion publique espéraient une communication solennelle au nom de la République : annonce d’enquêtes indépendantes, appel à l’apaisement, reconnaissance de la gravité des faits et engagement clair de l’État à situer les responsabilités.

À la crise sécuritaire s’est ajoutée la décision du Centre des œuvres universitaires de Dakar (COUD) de fermer le campus social sans concertation préalable avec les instances représentatives des étudiants. Une décision que le Collectif juge irresponsable et dangereuse dans un contexte de douleur collective intense.
En réponse, le Collectif des amicales de l’UCAD a décrété « Université morte jusqu’à nouvel ordre », appelant les étudiants à rentrer chez eux. Il exige la prise en charge immédiate des revendications, la libération de tous les étudiants arrêtés et des sanctions judiciaires exemplaires contre les auteurs présumés des violences, y compris par des démissions au sommet de l’État.
Au-delà du drame humain et universitaire, cette crise pose avec acuité la question de la gouvernance, de la responsabilité politique et du rôle du Premier ministre en tant que chef du gouvernement. Dans une République, le silence institutionnel, l’absence de gestes forts et la priorité accordée à la communication politique en période de crise peuvent laisser des traces durables. La jeunesse universitaire, déjà éprouvée, attend désormais des actes, et non des discours.