Dakar, Sénégal – Les avocats de Mouhamadou Farba Ngom, député et maire des Agnam actuellement détenu, ont tenu une conférence de presse ce mercredi 11 février pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « violations graves et manifestes » des droits de leur client dans le cadre de la procédure visant la levée de son immunité parlementaire, déclenchée après la découverte de téléphones portables en détention.

 

Lors de cette conférence, Me El Hadji Amadou Sall a vigoureusement critiqué l’initiative du ministre de la Justice, Yassine Fall, qualifiant la démarche de « fondée sur des bases farfelues ». Il a notamment évoqué la saisie et l’exploitation du contenu des appareils, affirmant que cela aurait été fait sans le consentement du député ni la présence de ses conseils, ce qui constituerait selon lui une violation du secret professionnel et des règles élémentaires du droit.

 

Me Oumar Youm, un autre membre du collectif de défense, a annoncé le dépôt d’une plainte contre la ministre de la Justice, lui reprochant « sept fautes », notamment la violation du droit à l’image, du secret de la vie privée, du secret de la correspondance ainsi que la mise en danger de la vie d’autrui. Il a aussi dénoncé ce qu’il considère comme une « démonstration de force » de l’appareil judiciaire, mettant en cause la présomption d’innocence et l’État de droit.

 

L’affaire remonte à une fouille effectuée dans la cellule de Farba Ngom le 28 décembre 2025, au cours de laquelle deux téléphones portables auraient été saisis, selon les autorités judiciaires. Le ministère de la Justice a affirmé que ces appareils avaient été utilisés pour des communications internationales, des opérations financières et des échanges avec des journalistes, des avocats et des acteurs politiques, ainsi que pour la diffusion de documents judiciaires confidentiels et de contenus sensibles.

 

Ces révélations ont relancé la procédure de levée de l’immunité parlementaire du député, initiée pour permettre à la justice de poursuivre pleinement les investigations. L’Assemblée nationale a intégré ce dossier à son agenda législatif, avec une commission ad hoc chargée d’examiner la demande et une décision finale attendue lors d’une session prévue mi-février.

 

Dans la sphère politique et judiciaire, cette affaire suscite une forte attention. Pour la défense, les accusations liées à la possession d’un téléphone ne sauraient à elles seules justifier une telle procédure, d’autant qu’aucune charge n’a encore été officiellement retenue contre Farba Ngom à ce stade, selon certains de ses conseils.

 

Cette affaire intervient dans un contexte où le dossier judiciaire de M. Ngom est déjà complexe, comprenant d’autres poursuites pour des faits présumés de blanchiment de capitaux, escroquerie et association de malfaiteurs, avec des sommes importantes en jeu, et où la question de l’état de santé du détenu avait précédemment été évoquée par ses avocats et proches.